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OBSERVATION D'UN PHENOMENE LUMINEUX
PRES D'ARMENTIERES LE 11 NOVEMBRE 1963
T = témoin E=enqueteur
07 février 2008
Sommaire
1. Circonstances de l'observation
2. Description du phénomène
3. Réactions des témoins
4. Reconstitution du phénomène
5. Discussion
Annexes :
A1. Déroulement de l'enquête
A2. Questions posées à l'issu de l'entretien initial
A3. Données météorologiques
A4. Formules de calcul
Résumé. Ce compte-rendu décrit un phénomène aérien non identifié observé par trois témoins
dans le nord de la France le 11 novembre 1963. Le phénomène lumineux, d'abord immobile
sous les nuages pendant quelques minutes, s'est déplacé de 120° en 1 à 2 secondes selon une
trajectoire proche de l'horizontale puis a disparu dans la couche nuageuse. Les calculs
indiquent un phénomène d'un diamètre de plusieurs mètres ayant subi une accélération de
plusieurs dizaines de g au minimum. La personnalité et les compétences professionnelles du
témoin principal, ingénieur au CEA et spécialiste des plasmas, confère à cette observation une
importance particulière.
Date de l'observation : lundi 11 novembre 1963
Heure : dans l'après-midi, vers 15-16 h.
Lieu : Prémesques (Nord), entre Armentières et Lille.
Témoins : M. (55 ans, entrepreneur, décédé en 1993) et ses deux fils,
(18 ans, étudiant) et (13 ans, collégien).
1. CIRCONSTANCES DE L'OBSERVATION
Ce lundi 11 novembre 1963, jour férié, nous étions sortis nous promener en voiture, mon père,
55 ans à l'époque, petit entrepreneur, mon frère 13 ans, collégien, et
moi, 18 ans, étudiant à Armentières. Après le repas nous avions quitté Lille, où nous
habitions, et nous étions arrivés sur le territoire de la commune de Prémesques (département
du Nord), entre Armentières et Lille. Il devait être vers 15-16 h. Laissant la voiture sur le bord
de la route nous avons marché sur un petit chemin goudronné perpendiculaire à la route. Le
chemin, orienté Nord-Sud m'a-t-il semblé, était suffisamment large pour laisser passage à untracteur et bordé de fossés profonds des deux côtés (voir fig. 1). Nous marchions côte-à-côte,
mon père au centre, mon frère à sa gauche et moi à sa droite. Dans cette plaine des Flandres
l'habitat était, à cet endroit et à l'époque, très dispersé. Les fermes les plus proches étaient
loin, à 500 m ou 1 km. Le vent avait soufflé en tempête la veille et il avait beaucoup plu. Le
sol était humide avec des flaques d'eau. Le ciel était tourmenté et un vent modéré soufflait.
Les nuages défilaient en venant de notre droite, donc de l'Ouest. L'activité orageuse était
nulle, la visibilité bonne, l'atmosphère limpide.
[FIGURE: Handwritten sketch showing clouds labeled "nuage" and "phase "immobile"" with "PAN fixe" noted, and below a perspective drawing of a path/chemin with ditches/fossés on either side, farms labeled "ferme à 500-1 km" in the distance]
Fig. 1. Dessin par le témoin de la scène initiale avec le phénomène immobile.
2. DESCRIPTION DU PHENOMENE
2.1. Phase immobile
Je ne sais plus qui a vu le phénomène en premier. Peut-être moi ? Il avait les apparences d'une
très grosse «étoile», plus lumineux que Vénus et plus étendu. Cette sorte de «boule»
lumineuse à bord flou, mal défini, était fixe, juste sous les nuages sombres, donc parfaitement
visible (fig. 2). Je l'ai observé durant plusieurs minutes, certainement plus d'une minute mais
moins de cinq. Il était à une hauteur de 20° environ (je me suis souvent remis par la suite dans
les mêmes conditions et je suis donc assez confiant dans cette estimation). Son diamètre
apparent était égal ou inférieur au quart de celui de la Lune, approximativement 1 ou 2 mm à
bout de bras. Des barbules de nuages passaient devant le phénomène. Sa couleur était plutôt
orangée. Il donnait une impression de scintillation, et même plus que cela, d'une flamme, de
quelque chose qui brûle. Mon père peu avant sa mort en 1993 utilisa à nouveau le terme de
torchère.
[FIGURE: Handwritten sketches - top sketch labeled "apparence : "torchère"" and "phase immobile'" showing a jagged/flame-like shape, bottom sketch labeled ""mobile" sphère -" showing a rounder shape with rays]
Fig. 2. Aspects du phénomène immobile et mobile (dessins par le témoin).
2.2. Phase oscillante
Puis il a changé d'apparence du fait d'une rotation sur lui-même ou d'une pulsation (figs. 3 et
4). Il n'y avait plus de barbules à ce moment là, son apparence était donc plus nette
qu'auparavant. Cependant, le contour restait imparfaitement défini. Il s'est mis à osciller de
gauche à droite à une fréquence supérieure à 1 Hz pendant quelques secondes. L'amplitude
des oscillations (ou d'une spirale vue par la tranche, fig. 5) d'abord minime a été de plus en
plus grande tandis que sa période restait constante. Je ne peux préciser le nombre total
d'oscillations (trois à quatre m'a-t-il semblé).
[FIGURE: Handwritten sketch labeled "pulse puis oscille dérèsquement" showing cloud layer and perspective view of path with phenomenon]
Fig. 3. Dessin par le témoin de la scène lors de la phase oscillante du phénomène.
[FIGURE: Handwritten sketch showing two circular shapes with rays, labeled "pulse = toupie ?"]
Fig. 4. Aspect du phénomène immobile en rotation ou pulsation (dessin par le témoin).
[FIGURE: Handwritten diagram showing a circle with a vertical line through it and an arrow pointing downward at ~45°, labeled "oscille = spirale ?" at top and "S 3NNW" at bottom right]
Fig. 5. Interprétation possible de l'oscillation du phénomène vue dans un plan horizontal
(les directions S et NNO suggérées par le témoin n'ont pas été confirmées).
2.3. Phase mobile finale
Après les oscillations (ou spirale vue par la tranche), le phénomène a accéléré, sa vitesse a
augmenté de manière progressive mais rapide, et il a filé au raz des nuages sans trainée ni
bruit audible. Il s'est déplacé vers notre droite de la direction 12h, en face de nous, à la
direction 4-5h. La trajectoire du phénomène, rectiligne, a toutefois semblé – et alors qu'il
s'éloignait de nous (au-delà de la direction 3h) – devenir nettement plus basse que le plafond
nuageux local. La trajectoire s'est alors incurvée progressivement vers le haut puis la boule
lumineuse a disparu dans les nuages dans la direction 4-5h. Ce déplacement a duré 1 s au
minimum et 2 s au maximum, je suis formel sur ces deux estimations. Le mouvement
apparent a été rectiligne sur les 9/10èmes du parcours puis incurvé seulement sur le dixième
restant.
[FIGURE: Handwritten sketches showing cloud layer with phenomenon trajectory marked with arrows "à "4h"" and "à "3h"", and below a side-view perspective drawing of the path/chemin]
Fig. 6. Dessin par le témoin de la scène finale. La vue est à 90° vers la droite des précédentes.
On reconnaît au premier plan le chemin et le fossé qui le borde. Noter que le phénomène est à
bord net.
Il m'a semblé que le phénomène était plus proche de nous à 3 h qu'il ne l'était à 12 h. Je ne
me rappelle plus si mon père avait également remarqué ce rapprochement. Il m'a semblé aussi
que son diamètre était plus petit durant son déplacement qu'au point fixe, que sa couleur était
plus blanche, plus pâle, c'est-à-dire sa luminosité était moins intense, et que son bord était
maintenant bien défini (circulaire), peut-être parce qu'il était plus bas et complètement horsdes barbules. Une autre possibilité est que le plafond nuageux ait été à une altitude plus
grande dans cette zone. Ceci pourrait expliquer le fait que le ciel était plus clair dans la
direction de disparition. Dans ce cas, l'altitude de disparition pourrait avoir été nettement
plus élevée que l'altitude de stationnement.
3. REACTIONS DES TEMOINS
3.1. Réactions lors de l'observation
Dès que j'ai pris conscience de la présence du phénomène j'ai pensé : « Tiens cette étoile est
curieuse ». Je suis resté très pragmatique, observateur attentif car j'ai eu très rapidement le
sentiment que c'était autre chose qu'une étoile et que c'était intéressant. Mais j'ai fait un
effort pour ne pas le manifester. Tous mes «réflexes» de jeune scientifique, de pilote et
d'astronome amateur se sont immédiatement mis en branle. J'étais entraîné et «ouvert» au
phénomène, en outre je pressentais que quelque chose se produirait (voir ci-dessous). Si nous
avons observé ce phénomène c'est aussi et surtout parce que j'ai insisté auprès de mon père
qui ne croyait voir qu'« une énorme étoile fixe brillante et scintillante à l'instar d'une
torchère » et que par conséquent pour lui cela ne valait évidemment pas la peine de s'y
attarder. Pour lui, spontanément, une lumière immobile dans le ciel, ce ne pouvait être qu'une
étoile. J'ai dû insister pour qu'il convienne que ce ne pouvait être, en aucun cas, une très
grosse étoile, puisqu'elle était située juste sous un plafond nuageux assez bas, très épais et
couvrant complètement le ciel De ce point de vue le passage des barbules devant le
phénomène était important. Sans mon insistance mon père et sans doute mon jeune frère
n'auraient rien remarqué ; ils seraient passés à côté. Finalement nous sommes tous convenus
que ce n'était pas une étoile. Ce n'était pas non plus un aéronef quelconque. C'était autre
chose mais quoi ?
Mon impression personnelle, immédiate, ressentie au moment même de l'observation fut
que j'observais quelque chose que j'aurais attendu (alors que je n'attendais rien jusque là) et
qui se manifestait ici et maintenant. Aucune excitation de ma part, bien au contraire une
grande sérénité. Cependant, je me suis efforcé de m'affranchir de cette impression de manière
à extraire les données brutes de l'observation, celles qu'une caméra aurait pu enregistrer.
Ensuite, alors que l'objet était encore fixe, je me rappelle avoir eu le «pressentiment» qu'il
allait se passer quelque chose. L'objet s'est effectivement mis en vibration puis en
mouvement... Peut-être y a-t-il eu un mouvement imperceptible dont je n'étais pas conscient
mais que mon cerveau enregistrait et qu'il traduisait par ce que j'interprétais comme un
«pressentiment».
3.2. Réactions après l'observation
Cette observation m'a préoccupé, mais sans outre mesure. Je voulais en comprendre la nature
car elle me semblait (et me semble toujours) importante du point de vue de la connaissance
scientifique. Puisque je devais rejoindre un internat, j'ai demandé à mon père de regarder dans
le journal local «La Voix du Nord» pour essayer de trouver d'autres témoins. Il ne trouva
aucune mention de ce que nous avions observé. Les bulletins météo du journal confirmèrent
mes observations sur la force et l'orientation du vent et l'excellente visibilité. Je pus
déterminer la distance moyenne avec fourchette, la taille mais de façon très approximative
(l'appréciation du diamètre apparent d'une boule de lumière est très délicate), la trajectoire
apparente particulièrement nette, l'accélération et bien d'autres détails. J'ai aussi essayé de
retrouver, mais beaucoup plus tard et sans y parvenir, le lieu exact de l'observation car je
souhaîtais contrôler a posteriori les paramètres d'observation.
A ma demande, un médecin et aussi hypnotiseur, ami de mes parents,
, m'a fait parler sous hypnose. Ce devait être en 1964. Pour autant que
je me souvienne la concordance entre les deux récits fut totale, rien de plus rien de moins. Il
n'y eut pas de compte rendu en tant que tel.
Au début je n'en ai pas parlé à l'extérieur. Je l'ai gardé un peu pour moi comme quelque
chose d'intime et de très personnel, d'incommunicable. En parler aurait été comme «salir»
l'observation en la confrontant ou pire à la moquerie. Au bout de quelques
mois, début 1964, j'osai en parler à l'encadrant du cercle d'astronomes amateurs de Lille
auquel j'appartenais. J'ai senti qu'il connaissait la question et cela m'encouragea. Il me
déclara que je n'étais pas le seul à avoir observé dans la région des phénomènes de ce type. Il
me demanda de mettre notre observation par écrit et je crus comprendre que les témoignages
étaient conservés à l'époque à la base aérienne de Cambrai-Epinoy (2ème région militaire). Je
n'ai jamais vérifié cette information. Mon père, mon frère et moi avons donc rédigé notre
témoignage que j'ai transmis à l'encadrant. Je n'ai jamais eu de retour d'informations mais je
n'ai pas cherché non plus à en avoir, préoccupé que j'étais à l'époque par bien d'autres
choses plus terre à terre ! Je n'ai malheureusement pas conservé de copie de ce compte-rendu.
Nous avons parlé plusieurs fois de cette observation en famille. Mon père et mon frère
réagirent un peu différemment mais personne n'oublia. Mon père était un rationaliste
convaincu. Il n'a jamais exprimé un intérêt particulier mais n'a, non plus, jamais nié
l'évidence. Peu avant son décès en 1993 il se rappelait encore l'observation avec précision et
nous avons pu en reparler tous les deux. C'était pour lui un mystère. Quant à mon frère, il
m'en parlait encore en 2003 mais pour lui «il faut oublier tout ça, car on ne peut pas
comprendre le mystère».
4. RECONSTITUTION DU PHENOMENE
Une demande de renseignements auprès de l'Association Météorologique du Nord - Pas de
Calais (voir Annexe A3) a permis d'établir qu'au jour de l'observation entre 15 et 16h le vent
était orienté SSO et la couverture nuageuse était formée de cumulus. De la direction du
vent on peut déduire que le chemin sur lequel marchaient les témoins était orienté ONO (et
non N comme le pensait le témoin). Les directions absolues ne jouant aucun rôle dans la suite
de cette reconstitution nous conserverons les directions relatives en prenant le chemin comme
référence (12h). La connaissance du type de nuage, donc de l'altitude approximative du
phénomène, et des diverses directions relevées par le témoin, permet de calculer de proche en
proche l'ordre de grandeur des principaux paramètres géométriques de l'observation.
4.1. Altitude initiale
Sous nos latitudes l'altitude de la partie inférieure de nuages du type cumulus est
généralement comprise entre 200 et 2000 m. L'impression du témoin principal, qui,
rappelons-le était pilote amateur, fut que la base du nuage était à une altitude de l'ordre du
kilomètre. Nous prendrons donc comme altitude du phénomène H = 1000 m.4.2. Distance initiale
En se replaçant dans des conditions similaires à différentes reprises, le témoin estime que la
hauteur angulaire h du phénomène était d'environ 20° à 10% près, soit h = 20 ± 2°. Un
phénomène situé à une altitude H observé sous un angle h (site) se trouve à une distance D
donnée par D = H/sin h (fig. 7). Dans le cas présent, D = 2900 m pour h = 20°.
[FIGURE: Diagram showing vertical cross-section with "Phénomène" at top left connected by line D to "Observateur" at right, with angle h at observer level, Sol (ground) shown below, and H marking the height]
Fig. 7. Positions de l'observateur et du phénomène immobile vues dans un plan vertical. Elles
sont séparées par une distance D qui correspond à une distance Ds au sol (voir Annexe A4).
4.3. Distance parcourue
Le phénomène immobile était au «midi» de l'observateur. Lorsque l'objet s'est déplacé le
témoin a suivi son mouvement du regard. Son regard s'est déplacé vers la droite selon un
angle c supérieur à 90° (un angle de 90° correspondrait à la direction 3 h) mais sûrement
inférieur à 150° (disparition à 5h). Pour l'observateur la valeur la plus probable de l'angle c
est 120° (disparition à 4h), voir fig. 8. Il hésite à donner une fourchette mais compte tenu de
des valeurs qui précèdent on peut proposer c = 120 ± 20°. Pour suivre ce mouvement le
témoin se souvient d'avoir tourné la tête mais pas le corps.
La direction de déplacement du phénomène est de tous les paramètres de l'observation le
plus délicat à évaluer. Le témoin pense que le phénomène s'est déplacé sur un axe faisant un
angle e proche de 45° par rapport au chemin (donc entre S et SSE).
La formule de calcul de la distance L parcourue par le phénomène avant de disparaître est
donnée en Annexe 4. Pour un angle c de 120° cette distance L est ainsi comprise entre environ
3,5 (si e = 35°) et 5,8 km (si e = 45°), cette dernière valeur étant plus conforme à l'impression
du témoin. Le phénomène serait passé au plus près du témoin à une distance Dm comprise
entre 1600 m (avec H = 1000 m, h = 20° et e = 35°) et 2000 m (avec e = 45° et les mêmes
valeurs de H et h) et aurait disparu à une distance comprise entre 3,7 km et 7,5 km.
[FIGURE: Geometric diagram showing trajectory of phenomenon from Pi (point fixe/fixed point) to Pf (point de disparition/disappearance point), with observer O at bottom, distances L, Ds, Dm, Df, and Df marked, angle e shown at Pi, and angle c shown at O]
Fig. 8. Vue en plan de la trajectoire du phénomène (selon la ligne Pi-Pf, proche de S ou SSE)
par rapport au chemin (ligne horizontale Pi-O, vraisemblablement ONO). La longueur de
trajectoire observée est L = Pi-Pf. Les distances initiale (Ds), minimale (Dm) et finale (Df) de
l'observateur au phénomène sont indiquées (voir Annexe A4).
4.4. Diamètre
Le témoin fourni deux estimations du diamètre apparent b : un quart de la Lune soit 0.5°/4 =
0,125°, soit 7,5 minutes d'arc, et 1 ou 2 mm à bout de bras soit entre arctg(1/600) = 0.095° =
6' et arctg(2/600) = 0,19° = 12'. Les deux estimations sont en assez bon accord. Pour
D = 2900 m elles conduisent à un diamètre réel B (donné par B = D sin b) compris entre 5 m
(si b = 0.095°) et 10 m (b = 0.2°). Pour la distance minimale Dm ≈1600 m, on aurait un
diamètre de 2,5 m (0.08°) à 5 m (0.2°) environ.
4.5. Vitesse et accélération
En restant au plus près des impressions du témoin, c'est-à-dire un angle e de 40° (L = 7 km) et
une durée de déplacement de 1,5 s la vitesse moyenne du phénomène aurait été de 4,7 km/s.
En supposant un mouvement uniformément accéléré l'accélération serait de 2L/t² soit 6 km/s²
(600 g) et la vitesse au moment de la disparition dans le nuage dépasserait 9 km/s.
En prenant des fourchettes de distance L comprise entre 3,7 et 7,5 km et de durée entre 1 et
2 s, et en supposant un mouvement uniformément accéléré, on trouve une vitesse au moment
de la disparition comprise entre 3 700 m/s à 15 000 m/s, l'accélération étant respectivement
de 1 850 m/s² (185 g) au minimum et 15 000 m/s² (1500 g) au maximum.
On peut remarquer que même en prenant les valeurs extrêmes des estimations H = 800 m,
h = 22°, c = 110°, e = 20°, qui conduisent à la distance parcourue la plus faible (L = 3000 m),
et en retenant la plus longue durée de déplacement admissible (2 s), l'accélération demeure
très forte (150 g).
Inversement si on accroît l'altitude du phénomène et sa distance au témoin, la distance
parcourue augmente et l'accélération également. Par exemple en prenant H = 2000 m,
h = 18°, c = 130°, e = 45° la distance parcourue passe à L = 27 km et l'accélération à 1350 g
(toujours avec t = 2 s).
5. DISCUSSION
5.1. Caractère anomal du phénomène
Les valeurs d'accélération obtenues sont considérables. Un calcul simple permet d'en prendre
la mesure. Supposons pour fixer les idées que le phénomène ait été un plasma (gaz ionisé)
d'une densité égale à celle de l'air, soit environ 1 kg par m³. Pour communiquer à cette masse
une accélération de 150 g (ce qui constitue une borne inférieure estimée dans le paragraphe
précédent), la vitesse à l'instant de sa disparition (à t = 2 s) étant de 3 km/s, il faut
délivrer au phénomène une puissance instantanée et par unité de masse de 4,5 MW/kg.
L'estimation la plus basse du diamètre du phénomène (2,5 m) conduit à un volume de 8
m³, donc une masse de 8 kg, soit une puissance instantanée de 38 MW au moment de la
disparition. La poussée qu'il aurait fallu communiquer vaut 3800 N ou 380 kg par kg (si c'est
du gaz ionisé).
A titre comparatif, le missile anti-missile américain dénommé Sprint des années 1970-80
d'une masse de 3 500 kg accélère jusqu'à 100 g (cf Wikipédia). Son moteur développe
290 000 kg de poussée soit environ 80 kg de poussée par kg. La vitesse atteinte est supérieur à
Mach 10 soit du même ordre de grandeur que le phénomène observé mais, bien entendu, avec
éjection visible de gaz. Autres points de comparaison : la puissance d'une voiture est de
l'ordre de 50 W/kg et celle d'une centrale nucléaire rapportée à la charge de matière fissible
de l'ordre du MW/kg. La combustion de l'hydrogène dans l'oxygène dégage 13 MW/kg.
L'énergie contenue dans la foudre globulaire a été estimée à 10⁷ joules et pourrait atteindre
exceptionnellement 10⁹ joules (soit 0,15 à 15 GJ/kg pour un globe de 25 cm de diamètre
d'une densité de 1kg/m³ ; cf. note 1 page suivante).
5.2. Hypothèse de la foudre en boule
Dans sa présentation des conditions météorologiques du 11 novembre 1963 après-midi (voir
ci-dessous Annexe A3), le président de l'Association Météorologique du Nord - Pas de Calais
écrit : «Les conditions étaient propices à la formation d'orages. Il est donc probable que
certaines des fortes averses signalées ce jour-là se soient accompagnées de phénomènes
électriques.». Cette indication suggère l'hypothèse que le phénomène observé ait été une
manifestation de la foudre globulaire. Deux ordres de faits ne s'accordent pas avec cette
hypothèse :
En premier lieu, le témoin principal ne confirme pas la présence d'orages. Il est très
sensible au temps orageux. Il ne serait donc pas sorti, ou n'aurait pas prolongé sa promenade,
s'il y avait eu une activité électrique perceptible.
En second lieu les caractéristiques de la foudre globulaire sont fort différentes de celles
calculées ici¹. En général la foudre en boule, d'un diamètre de 20 à 40 cm, au plus 1 m,
évolue lentement (vitesse de l'ordre du mètre par seconde) et de manière erratique au
voisinage du sol ; sa durée de vie moyenne est de 5 s et atteint très rarement 30 s. Ici, le
phénomène est resté longtemps immobile malgré un vent fort à la base des nuages (60-80
km/h, voir Annexe A3) puis a suivi une simple trajectoire rectiligne incurvée à la fin. Ces
différences considérables de trajectoire, durée de vie, taille, vitesse et accélération conduisent
à écarter l'idée que le phénomène observé à Prémesques puisse être assimilé à une
manifestation de la foudre globulaire.
ANNEXES
A1. DEROULEMENT DE L'ENQUETE ET DE L'ANALYSE
Aucun compte-rendu ou notes des années 60 n'ayant été retrouvés, ce compte-rendu est
intégralement fondé sur plusieurs entretiens entre T le témoin principal, et
E Le premier entretien a eu lieu à Versailles, le jeudi 4 décembre 2003.
Il a porté essentiellement sur l'observation et ses conditions (sections 1 à 3) et donné lieu à un
texte accompagné d'une série de questions (voir Annexe A2). Lors d'un second entretien (à
Versailles, le 14 décembre 2004), T a corrigé cette première version et répondu oralement
aux questions. Les réactions des témoins (section 3) ont été principalement discutées lors d'un
échange de courriers électroniques entre E et T du 7 au 15 février 2007. Une seconde
version du compte-rendu, fondée sur l'ensemble des informations précédentes, a été rédigée
¹ Voir le chapitre 7 du livre de Claude Gary, La foudre. Des mythologies antiques à la recherche moderne.
Masson, Paris, 1995. L'auteur conclut qu' «il n'existe encore aucun modèle convaincant [de la foudre en boule].
En particulier, aucune théorie ne parvient à expliquer la durée relativement longue du phénomène, car on ne voit
pas quelle pourrait être la nature de l'énergie interne, ni de l'énergie extérieure capables de compensée l'énergie
dissipée par convection et par rayonnement.» (p. 87).par E et remis à T le 21 novembre 2007 ; des corrections et additions mineures y ont été
apportées lors d'une entrevue à Paris le 30 novembre 2007.
Par la suite dans les versions 4 et 5 E a proposé une première reconstitution a minima
(section 4) en utilisant une durée de la phase mobile (4 s) qui a été jugée inacceptable par T
Dans la version 6, E a pris en compte cette objection et a également rédigé la discussion
finale (section 5).
A2. QUESTIONS POSEES A L'ISSU DE L'ENTRETIEN INITIAL
1. Observateurs : noms, âges, adresse et professions à l'époque.
2. Circonstances et lieu de l'observation : les témoins étaient-ils à pied, en voiture ? Quelle
était la raison de leur sortie ? Etaient-ils sur une route, un chemin ? Le lieu exact peut-il
être retrouvé ?
3. Qui a découvert le phénomène initialement ?
4. La direction d'observation peut-elle être retrouvée (par rapport à la route ou autre repère)?
5. La luminosité peut-elle être appréciée ?
6. Le diamètre angulaire peut-il être apprécié ?
7. La période des pulsations peut-elle être appréciée ?
8. Quel a été le nombre d'oscillations avant le départ ? La période a-t-elle augmentée en même
temps que l'amplitude ?
9. La trajectoire de départ est-elle bien d'abord rectiligne puis incurvée vers le haut ? Quelles
sont les proportions relatives des deux parties (rectiligne et incurvée) ?
10. L'objet a-t-il bien disparu dans les nuages ?
11. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris la description des directions : de 12h à 4-5h cela
représente 135° environ. Il faut donc non seulement tourner la tête mais aussi tourner le
corps pour suivre un tel mouvement. Est-ce le cas ?
12. Subsistent-ils des notes prises à l'époque des faits ?
A3. DONNEES METEOROLOGIQUES
Données communiquées par Président de l'Association
Météorologique du Nord - Pas de Calais [REDACTED] le 6 décembre 2007.
Temps observé en région lilloise le lundi 11 novembre 1963 entre 15 heures et 16 heures :
Temps venteux, avec un ciel très chargé et fortes averses.
Température : 12,6°C.
Vent moyen : 40 km/h (vent très soutenu) de secteur SSO
Humidité relative au sol : 74%
Nuages observés : Cumulus sous Altostratus. Il est à noter que les Cumulus peuvent
présenter des bases parfois très sombres. La conjonction Cumulus et Altostratus
donne un ciel gris, sombre et menaçant.
Visibilité : 30.000 mètres
Les conditions étaient propices à la formation d'orages. Il est donc probable que certaines
des fortes averses signalées ce jour-là se soient accompagnées de phénomènes
électriques.
La reconstitution des conditions météorologiques en altitude le 11 novembre 1963 en
début d'après-midi donne une vitesse de déplacement des bases nuageuses comprise
entre 60 et 80 km/h.
A4. FORMULES DE CALCULDistance observateur-phénomène immobile D = H sin(h)
Distance D projetée au sol Ds = H / tg(h)
Distance minimum au phénomène mobile (au sol) Dm = Ds sin(e)
Distance finale au point de disparition (au sol) Df = L sin(e) / sin(π/2 - c)
Longueur de la trajectoire parcourue par le phénomène L = Ds · (1/cos(e)) · 1 / (1 - tg(e)/tg(π/2 - c))