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OBSERVATION D'UN PHENOMENE LUMINEUX
PRES D'ARMENTIERES LE 11 NOVEMBRE 1963
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1. CIRCONSTANCES DE L'OBSERVATION
Ce lundi 11 novembre 1963, jour férié, nous étions sortis nous promener en voiture, mon père,
[REDACTED], 55 ans à l'époque, petit entrepreneur, mon frère [REDACTED], 13 ans, collégien, et
moi, 18 ans, étudiant à Armentières. Après le repas nous avions quitté Lille, où nous
habitions, et nous étions arrivés sur le territoire de la commune de Prémesques (département
du Nord), entre Armentières et Lille. Il devait être vers 15-16 h. Laissant la voiture sur le bord
de la route nous avons marché sur un petit chemin goudronné perpendiculaire à la route. Le
chemin, orienté Nord-Sud m'a-t-il semblé, était suffisamment large pour laisser passage à un
tracteur et bordé de fossés profonds des deux côtés (voir fig. 1). Nous marchions côte-à-côte,
mon père au centre, mon frère à sa gauche et moi à sa droite. Dans cette plaine des Flandres
l'habitat était, à cet endroit et à l'époque, très dispersé. Les fermes les plus proches étaient
loin, à 500 m ou 1 km. Le vent avait soufflé en tempête la veille et il avait beaucoup plu. Le
sol était humide avec des flaques d'eau. Le ciel était tourmenté et un vent modéré soufflait.
Les nuages défilaient en venant de notre droite, donc de l'Ouest. L'activité orageuse était
nulle, la visibilité bonne, l'atmosphère limpide.
[Figure : dessin par le témoin — annotation manuscrite : ← nuage [formes ondulées] phase « immobile » / PAN fixe]
[Figure : dessin par le témoin — perspective chemin avec fossés — annotations manuscrites : ferme à 500-1 km / chemin / fosse]
Fig. 1. Dessin par le témoin de la scène initiale avec le phénomène immobile.
2. DESCRIPTION DU PHENOMENE
2.1. Phase immobile
Je ne sais plus qui a vu le phénomène en premier. Peut-être moi ? Il avait les apparences d'une
très grosse « étoile », plus lumineux que Vénus et plus étendu. Cette sorte de « boule »
lumineuse à bord flou, mal défini, était fixe, juste sous les nuages sombres, donc parfaitement
visible (fig. 2). Je l'ai observé durant plusieurs minutes, certainement plus d'une minute mais
moins de cinq. Il était à une hauteur de 20° environ (je me suis souvent remis par la suite dans
les mêmes conditions et je suis donc assez confiant dans cette estimation). Son diamètre
apparent était égal ou inférieur au quart de celui de la Lune, approximativement 1 ou 2 mm à
bout de bras. Des barbules de nuages passaient devant le phénomène. Sa couleur était plutôt
orangée. Il donnait une impression de scintillation, et même plus que cela, d'une flamme, de
quelque chose qui brûle. Mon père peu avant sa mort en 1993 utilisa à nouveau le terme de
torchère.
[Figure 2 — dessins par le témoin — annotations manuscrites :
apparence : « torchère » [croquis avec rayons]
phase immobile
« mobile » sphère - ○ [croquis avec rayons]]
Fig. 2. Aspects du phénomène immobile et mobile (dessins par le témoin).
2.2. Phase oscillante
Puis il a changé d'apparence du fait d'une rotation sur lui-même ou d'une pulsation (figs. 3 et
4). Il n'y avait plus de barbules à ce moment là, son apparence était donc plus nette
qu'auparavant. Cependant, le contour restait imparfaitement défini. Il s'est mis à osciller de
gauche à droite à une fréquence supérieure à 1 Hz pendant quelques secondes. L'amplitude
des oscillations (ou d'une spirale vue par la tranche, fig. 5) d'abord minime a été de plus en
plus grande tandis que sa période restait constante. Je ne peux préciser le nombre total
d'oscillations (trois à quatre m'a-t-il semblé).
[Figure — annotation manuscrite : puls. puis oscille drats[ILLEGIBLE]grande / ← nuage [formes ondulées avec point central]]
[Figure — dessin perspective chemin]
Fig. 3. Dessin par le témoin de la scène lors de la phase oscillante du phénomène.
[Figure — petit croquis — annotation manuscrite : [ILLEGIBLE] - pulse = toupie ?]
Fig. 4. Aspect du phénomène immobile en rotation ou pulsation (dessin par le témoin).
[Figure 5 — croquis spirale — annotations manuscrites :
S
↑
oscille = spirale ?
45°
S 3NNW]
Fig. 5. Interprétation possible de l'oscillation du phénomène vue dans un plan horizontal
(les directions S et NNO suggérées par le témoin n'ont pas été confirmées).
2.3. Phase mobile finale
Après les oscillations (ou spirale vue par la tranche), le phénomène a accéléré, sa vitesse a
augmenté de manière progressive mais rapide, et il a filé au raz des nuages sans trainée ni
bruit audible. Il s'est déplacé vers notre droite de la direction 12h, en face de nous, à la
direction 4-5h. La trajectoire du phénomène, rectiligne, a toutefois semblé – et alors qu'il
s'éloignait de nous (au-delà de la direction 3h) – devenir nettement plus basse que le plafond
nuageux local. La trajectoire s'est alors incurvée progressivement vers le haut puis la boule
lumineuse a disparu dans les nuages dans la direction 4-5h. Ce déplacement a duré 1 s au
minimum et 2 s au maximum, je suis formel sur ces deux estimations. Le mouvement
apparent a été rectiligne sur les 9/10èmes du parcours puis incurvé seulement sur le dixième
restant.
[Figure — dessin nuages et trajectoire — annotations manuscrites : → à « 4h » / ↑ à « 3h »]
[Figure — dessin perspective chemin et fossé]
Fig. 6. Dessin par le témoin de la scène finale. La vue est à 90° vers la droite des précédentes.
On reconnaît au premier plan le chemin et le fossé qui le borde. Noter que le phénomène est à
bord net.
Il m'a semblé que le phénomène était plus proche de nous à 3 h qu'il ne l'était à 12 h. Je ne
me rappelle plus si mon père avait également remarqué ce rapprochement. Il m'a semblé aussi
que son diamètre était plus petit durant son déplacement qu'au point fixe, que sa couleur était
plus blanche, plus pâle, c'est-à-dire sa luminosité était moins intense, et que son bord était
maintenant bien défini (circulaire), peut-être parce qu'il était plus bas et complètement hors
des barbules. Une autre possibilité est que le plafond nuageux ait été à une altitude plus
grande dans cette zone. Ceci pourrait expliquer le fait que le ciel était plus clair dans la
direction de disparition. Dans ce cas, l'altitude de disparition pourrait avoir été nettement
plus élevée que l'altitude de stationnement.
3. REACTIONS DES TEMOINS
3.1. Réactions lors de l'observation
Dès que j'ai pris conscience de la présence du phénomène j'ai pensé : « Tiens cette étoile est
curieuse ». Je suis resté très pragmatique, observateur attentif car j'ai eu très rapidement le
sentiment que c'était autre chose qu'une étoile et que c'était intéressant. Mais j'ai fait un
effort pour ne pas le manifester. Tous mes « réflexes » de jeune scientifique, de pilote et
d'astronome amateur se sont immédiatement mis en branle. J'étais entraîné et « ouvert » au
phénomène, en outre je pressentais que quelque chose se produirait (voir ci-dessous). Si nous
avons observé ce phénomène c'est aussi et surtout parce que j'ai insisté auprès de mon père
qui ne croyait voir qu'« une énorme étoile fixe brillante et scintillante à l'instar d'une
torchère » et que par conséquent pour lui cela ne valait évidemment pas la peine de s'y
attarder. Pour lui, spontanément, une lumière immobile dans le ciel, ce ne pouvait être qu'une
étoile. J'ai dû insister pour qu'il convienne que ce ne pouvait être, en aucun cas, une très
grosse étoile, puisqu'elle était située juste sous un plafond nuageux assez bas, très épais et
couvrant complètement le ciel De ce point de vue le passage des barbules devant le
phénomène était important. Sans mon insistance mon père et sans doute mon jeune frère
n'auraient rien remarqué ; ils seraient passés à côté. Finalement nous sommes tous convenus
que ce n'était pas une étoile. Ce n'était pas non plus un aéronef quelconque. C'était autre
chose mais quoi ?
Mon impression personnelle, immédiate, ressentie au moment même de l'observation fut
que j'observais quelque chose que j'aurais attendu (alors que je n'attendais rien jusque là) et
qui se manifestait ici et maintenant. Aucune excitation de ma part, bien au contraire une
grande sérénité. Cependant, je me suis efforcé de m'affranchir de cette impression de manière
à extraire les données brutes de l'observation, celles qu'une caméra aurait pu enregistrer.
Ensuite, alors que l'objet était encore fixe, je me rappelle avoir eu le « pressentiment » qu'il
allait se passer quelque chose. L'objet s'est effectivement mis en vibration puis en
mouvement... Peut-être y a-t-il eu un mouvement imperceptible dont je n'étais pas conscient
mais que mon cerveau enregistrait et qu'il traduisait par ce que j'interprétais comme un
« pressentiment ».
3.2. Réactions après l'observation
Cette observation m'a préoccupé, mais sans outre mesure. Je voulais en comprendre la nature
car elle me semblait (et me semble toujours) importante du point de vue de la connaissance
scientifique. Puisque je devais rejoindre un internat, j'ai demandé à mon père de regarder dans
le journal local « La Voix du Nord » pour essayer de trouver d'autres témoins. Il ne trouva
aucune mention de ce que nous avions observé. Les bulletins météo du journal confirmèrent
mes observations sur la force et l'orientation du vent et l'excellente visibilité. Je pus
déterminer la distance moyenne avec fourchette, la taille mais de façon très approximative
(l'appréciation du diamètre apparent d'une boule de lumière est très délicate), la trajectoire
apparente particulièrement nette, l'accélération et bien d'autres détails. J'ai aussi essayé de
retrouver, mais beaucoup plus tard et sans y parvenir, le lieu exact de l'observation car je
souhaitais contrôler a posteriori les paramètres d'observation.
A ma demande, un médecin et aussi hypnotiseur, ami de mes parents, qui me traitait pour
un tout autre problème, m'a fait parler sous hypnose. Ce devait être en 1964. Pour autant que
je me souvienne la concordance entre les deux récits fut totale, rien de plus rien de moins. Il
n'y eut pas de compte rendu en tant que tel.
Au début je n'en ai pas parlé à l'extérieur. Je l'ai gardé un peu pour moi comme quelque
chose d'intime et de très personnel, d'incommunicable. En parler aurait été comme « salir »
l'observation en la confrontant à l'incrédulité ou de pire à la moquerie. Au bout de quelques
mois, début 1964, j'osai en parler à l'encadrant du cercle d'astronomes amateurs de Lille
auquel j'appartenais. J'ai senti qu'il connaissait la question et cela m'encouragea. Il me
déclara que je n'étais pas le seul à avoir observé dans la région des phénomènes de ce type. Il
me demanda de mettre notre observation par écrit et je crus comprendre que les témoignages
étaient conservés à l'époque à la base aérienne de Cambrai-Epinoy (2ème région militaire). Je
n'ai jamais vérifié cette information. Mon père, mon frère et moi avons donc rédigé notre
témoignage que j'ai transmis à l'encadrant. Je n'ai jamais eu de retour d'informations mais je
n'ai pas cherché non plus à en avoir, préoccupé que j'étais à l'époque par bien d'autres
choses plus terre à terre ! Je n'ai malheureusement pas conservé de copie de ce compte-rendu.
Nous avons parlé plusieurs fois de cette observation en famille. Mon père et mon frère
réagirent un peu différemment mais personne n'oublia. Mon père était un rationaliste
convaincu. Il n'a jamais exprimé un intérêt particulier mais n'a, non plus, jamais nié
l'évidence. Peu avant son décès en 1993 il se rappelait encore l'observation avec précision et
nous avons pu en reparler tous les deux. C'était pour lui un mystère. Quant à mon frère, il
m'en parlait encore en 2003 mais pour lui « il faut oublier tout ça, car on ne peut pas
comprendre le mystère ».